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« La vie imite bien plus l’art que l’art n’imite la vie»

Oscar Wilde, Décadence du mensonge



LES DESSOUS DU PAYSAGE - LES ARCANES DU PONT
PROJET : 2012 - 4e édition de l’exposition-parcours à Nantes « Révéler la ville » sur le thème « De l'urbain à l'intime, les limites et leurs transgressions - Projet réalisé en collaboration avec M. Tessier et M. Germond, dans le cadre du collectif DeFacto »
TECHNIQUES : Impression sur bâche
LIEU : Pont Aristide Briand - Nantes

La construction d’un paysage est avant tout une construction culturelle. Il faut que le paysage soit « inventé » par un artiste (peintre, poète, écrivain…) et que cette invention fasse sens pour une communauté de personnes qui reconnaîtra alors cette séquence, ce cadrage d’un pays comme paysage.

Les tableaux choisis et réinterprétés ici se situent à la charnière de la peinture européenne (au début de la renaissance flamande) où le paysage n’est pas encore un sujet en tant que tel mais commence à s’émanciper, notamment de la religion catholique et des préceptes de Saint Augustin pour qui le monde extérieur est le lieu du « Malin », la vérité se trouvant en notre être intérieur. La peinture de paysage est donc à ses débuts, au 15e siècle, un support de propagande sociale ou de gestion du territoire à l’image des manuscrits enluminés des Très riches heures du duc de Berry

La toile principale de cette intervention transforme le tableau La vierge du chancelier Rolin peint vers 1435 par le peintre primitif flamand Jan van Eyck pour Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne. Elle isole les personnages divins (la vierge et l’enfant) du personnage terrestre (le donateur et commanditaire : le Chancelier Rolin) pour donner au paysage interstitiel le rôle central. Dans le tableau originel, une scène lointaine d’un paysage se donne à voir, elle comporte tous les détails de la vie terrestre : activités, architecture, cité et pont sur un fleuve - probablement la cité de Liège où on reconnaît la situation du Pont des arches et de la tour de la Cathédrale Saint-Lambert. A ce paysage s’en substitue un autre, celui des dessous du pont Aristide-Briand qui franchit La Loire à Nantes… Mais est-ce un paysage ?
La toile tendue de part et d’autre des piles du pont coupe le point de vue réel. Le passant, flâneur, observateur ou spectateur ne le voit plus qu’au travers du tableau. Cette limite constituée par la toile infranchissable questionne sur la réalité physique du paysage et sur la notion de décors.
La route qui passe sous le pont n’est plus seulement de passage, une pause y est possible. Les piles du pont transformées en galerie de tableaux éphémères rendent ce lieu de passage habité, porteur d’un autre sens dans la ville.

Cette intervention évoque également le mode de représentation dans lesquels ont éclos le paysage et la peinture de paysage en Occident – la perspective – et qui conditionne très fortement encore notre manière d’appréhender notre environnement, comme étendu devant nous sans que nous y soyons englobé.
La dépose de cette toile permettra de redécouvrir les dessous du pont avec un œil neuf, nourri de l’absence et de la mise en scène de l’installation.